Bières & brasseries

Une boisson fermentée change de goût, de sucre et parfois d’alcool

Sébastien Legrand 7 min de lecture
Boisson fermentee au kéfir et citron en bocal

Une boisson fermentée naît lorsque des micro-organismes transforment les sucres présents ou ajoutés. Ce processus modifie le goût, l’acidité, la texture et parfois le taux de sucre ou d’alcool. Kéfir, kombucha, lassi et kvas n’ont toutefois ni la même base, ni le même mode de fermentation, ni les mêmes précautions d’usage.

Ce que la fermentation change réellement dans une boisson

La fermentation repose sur l’activité de bactéries, de levures ou, dans certains cas, de moisissures microscopiques. Ces micro-organismes utilisent les sucres comme source d’énergie et produisent ensuite des acides, du gaz carbonique et parfois de l’alcool. C’est ce qui explique l’acidification d’un kombucha, les bulles d’un kéfir de fruits ou le caractère alcoolisé d’un hydromel.

Infographie sur les boissons fermentées et les trois familles de fermentation
Infographie sur les boissons fermentées et les trois familles de fermentation

Il ne faut pas confondre fermentation et simple macération. Faire infuser des fruits, des plantes ou du gingembre dans l’eau apporte du parfum, tandis que fermenter suppose l’action d’une culture active, comme des grains de kéfir, une mère de kombucha appelée SCOBY, une souche de jun ou un levain de gingembre. La fermentation peut aussi favoriser la conservation en créant un milieu plus acide.

Trois grandes familles à distinguer

La fermentation lactique est assurée par des bactéries qui produisent de l’acide lactique. Elle intervient notamment dans les boissons à base de lait fermenté, comme le lassi. La fermentation alcoolique, menée surtout par des levures, transforme une partie des sucres en alcool et en gaz. Elle concerne notamment l’hydromel et certaines préparations de ginger beer. La fermentation acétique donne une note plus vive et vinaigrée, qui peut apparaître dans un kombucha lorsque la fermentation se prolonge.

Pour choisir une boisson fermentée, mieux vaut observer sa trajectoire plutôt que se fier à une image « healthy ». Plus la fermentation avance, plus le profil évolue généralement du sucré vers l’acide, du calme vers le pétillant et parfois vers une teneur en alcool plus élevée. Cette évolution aide à déterminer le bon moment pour placer la boisson au frais, au lieu d’appliquer le même délai à toutes les recettes.

Quelles boissons fermentées découvrir selon vos envies ?

La diversité des boissons fermentées permet de choisir selon ses goûts, son alimentation et son envie de préparer soi-même sa boisson. Certaines nécessitent une culture spécifique, tandis que d’autres reposent sur des ingrédients courants.

Boisson Base principale Profil À savoir
Kéfir de fruits Eau, sucre, fruits et grains de kéfir Léger, acidulé, pétillant Accessible pour débuter ; une faible production d’alcool est possible.
Kombucha Thé sucré et SCOBY Acidulé, tannique, effervescent La durée de fermentation influence fortement son goût.
Jun Thé et miel avec une souche dédiée Floral, vif, moins tannique Souvent rapproché du kombucha, mais sa culture est différente.
Lassi Yaourt ou lait fermenté Onctueux et doux Contient du lait ; à éviter en cas d’allergie aux protéines de lait.
Kvas Pain ou betterave selon les recettes Rustique, légèrement acidulé Son taux d’alcool varie selon la préparation.
Hydromel Eau, miel et levures Moelleux ou sec Boisson alcoolisée, à ne pas confondre avec les fermentations douces.

Pour une alternative aux sodas

Le kéfir de fruits et le kombucha séduisent par leur effervescence et leur acidité. Ils peuvent ainsi remplacer le réflexe soda. Leur teneur finale en sucre dépend toutefois de la recette et du temps de fermentation : une boisson maison n’est pas automatiquement sans sucre. Pour obtenir une version moins douce, réduisez les ajouts de jus au moment du service et privilégiez des arômes comme le citron, le gingembre ou les herbes fraîches.

Pour une boisson nourrissante ou traditionnelle

Le lassi, le boza, préparé à partir de céréales fermentées, et le koumis, issu de lait fermenté, sont plus proches d’un aliment liquide que d’une boisson désaltérante. Le kanji, traditionnellement préparé avec des légumes et des épices, ainsi que le kvas de betterave, offrent des profils salés, terreux ou épicés qui accompagnent volontiers un repas.

Probiotiques et digestion : des bienfaits à regarder avec nuance

Les boissons fermentées peuvent contenir des micro-organismes vivants. Elles sont donc souvent associées aux probiotiques, à la flore intestinale et au confort digestif. La fermentation peut aussi modifier certains composants des aliments et les rendre plus faciles à digérer pour certaines personnes, notamment dans le cas des produits laitiers fermentés.

Mais fermenté ne signifie pas automatiquement probiotique. Pour qu’un micro-organisme soit qualifié de probiotique, son effet bénéfique doit être identifié et démontré pour une quantité consommée donnée. Une boisson artisanale peut contenir des bactéries et des levures vivantes sans que ses effets précis sur le microbiote ou l’immunité soient garantis.

Adopter une consommation progressive

Commencez par une petite portion, surtout si vous consommez peu d’aliments fermentés. Les bulles, l’acidité et les sucres résiduels peuvent provoquer un inconfort digestif chez les personnes sensibles. Les personnes immunodéprimées, les femmes enceintes, les jeunes enfants et celles qui suivent une alimentation médicale spécifique ont intérêt à demander l’avis d’un professionnel de santé avant de consommer régulièrement des fermentations maison non pasteurisées.

Une recette de kéfir de fruits pour commencer sans matériel complexe

Le kéfir de fruits convient bien à une première préparation maison : les étapes sont courtes, les ingrédients faciles à trouver et les grains de kéfir réutilisables. Utilisez des fruits non traités lorsque vous conservez leur peau et choisissez des bouteilles capables de résister à la pression.

Ingrédients pour environ 1 litre

  • 1 litre d’eau non chlorée ou filtrée ;
  • 50 g de grains de kéfir de fruits ;
  • 40 g de sucre blond ;
  • 1 demi-citron bio, coupé en rondelles ;
  • 1 figue sèche non traitée.

Préparation pas à pas

  1. Dans un bocal en verre propre, versez l’eau et dissolvez le sucre en remuant.
  2. Ajoutez les grains de kéfir, le demi-citron et la figue sèche. Ne remplissez pas le bocal jusqu’au bord.
  3. Recouvrez le bocal d’un tissu fin maintenu avec un élastique. Laissez fermenter à température ambiante, à l’abri de la lumière, pendant 24 à 48 heures.
  4. Lorsque des bulles apparaissent et que la figue remonte régulièrement à la surface, filtrez la boisson avec une passoire, si possible non métallique. Conservez les grains pour une nouvelle préparation.
  5. Versez le kéfir dans une bouteille hermétique en laissant un espace libre. Placez-la au réfrigérateur ou laissez-la 12 à 24 heures supplémentaires à température ambiante pour obtenir davantage de pétillant, en surveillant la pression.

Pour parfumer la seconde fermentation, ajoutez un peu de gingembre frais, quelques framboises ou une feuille de basilic dans la bouteille filtrée. Ouvrez-la doucement au-dessus de l’évier, car le gaz carbonique peut s’accumuler rapidement, surtout par temps chaud.

Hygiène, pression et alcool : les règles à ne pas négliger

Une fermentation réussie commence par des ustensiles propres. Le bocal en verre, la passoire, l’entonnoir et les bouteilles doivent être soigneusement lavés et rincés. Évitez les contenants ébréchés ou les bouteilles fragiles. Une odeur agréablement acidulée, fruitée ou levurée est normale. En revanche, une odeur putride, une couleur inhabituelle ou des moisissures duveteuses vertes, bleues, noires ou roses imposent de jeter la préparation sans la goûter.

Prévenir les bouteilles trop sous pression

La mise en bouteille crée un espace fermé où le gaz ne peut plus s’échapper. Pour limiter le risque d’explosion, n’ajoutez pas trop de sucre ou de jus, laissez un vide en haut de la bouteille, gardez-la à l’abri du soleil et réduisez la durée de fermentation secondaire. En cas de doute, placez rapidement la bouteille au frais : le froid ralentit fortement l’activité des levures et des bactéries.

Ne pas présumer d’une absence d’alcool

Même une boisson fermentée présentée comme sans alcool peut en développer une petite quantité, car les levures produisent naturellement de l’éthanol. Cette quantité varie selon la recette, la température, la durée et la quantité de sucre. Les boissons explicitement alcoolisées, comme l’hydromel, doivent être consommées comme telles. Pour les enfants, la grossesse ou une abstinence stricte, mieux vaut choisir une boisson non fermentée ou un produit dont le statut et la composition sont clairement établis.

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